Rupert Larkin - Vagabondage

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Rupert Wenlock-Larkin
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MessageSujet: Rupert Larkin - Vagabondage   Mar 6 Oct 2015 - 13:27



En cours


C'était pas d'la littérature, n'en déplaise aux jeteurs de sortavec Reginald Rosebury
Rupert et Reginald se retrouvent aux Trois Balais pour fêter la nouvelle nomination du second en tant que professeur de Runes à Poudlard !



Terminés


Un baptème aquatique pour mieux renaîtreavec Amaranthe Aislinn et Quinlan Fitzsimmons
Rupert et Quinlan vont faire quelques longueurs mais perturbent Amaranthe, qui s'entraînait déjà dans le bassin. Au point de provoquer un phénomène étrange...


Entre passé et futuravec Malkiél Taylor
Une banale promenade avec Kaïros qui se solde en une rencontre avec un ancien prisonnier, tout juste libéré d'Azkaban.


Trop bizarre pour vivre, trop rare pour mouriravec Quinlan Fitzsimmons
Quinlan invite Rupert dans son club favori à Londres, le Panic!. Une découverte empreinte de luxure...


Rencontre inattendueavec Juliet Ivy
Bouleversé par ses cauchemars, Rupert se rend à la cafétéria, au milieu de la nuit. Il y rencontre Juliet, une étudiante aux cernes bizarrement similaires aux siennes.


Cours n°1 de science politiqueCours libre, obligatoire pour les spécialistes
Rupert démarre le semestre par l'étude du Code du secret magique et le débat autour de la situation constitutionnelle de la communauté magique, maintenant qu'il est obsolète.


L'alcool, au moins, ça ne gèle pasavec Quinlan Fitzsimmons
Soirée de débauche au Dark Night, peu avant Noël.

Cours d'introdcution à la science politique sorcièreCours libre
Rupert fait connaissance avec ses étudiant.e.s et présente sa matière, la dernière semaine avant les vacances de Noël



Dernière édition par Rupert Wenlock-Larkin le Mer 12 Oct 2016 - 17:16, édité 2 fois
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Rupert Wenlock-Larkin
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MessageSujet: Re: Rupert Larkin - Vagabondage   Mar 6 Oct 2015 - 13:35

Berlin, février 1981

Avachi sur le sol, un homme, qui parait jeune, malgré sa barbe aux reflets roux en pagaille, tient une bouteille de bière à la main. Il porte des Doc Martens noires, un jean troué. Son t-shirt pue la clope. En arrière-plan, un riff de guitare, lancinant, aux accents blues, adoucit la scène.

Soudain, le musicien accélère le rythme pour se lancer dans un air manouche.

- Oh oh ! Calme-toi, pas tout de suite le matin comme ça…

A la voix rauque ensommeillée, le guitariste répond par les première notes d’une berceuse allemande.

- Ça te va comme ça, Larkin ?
- Haha ! T’es con. Nan mais tu m’énerves, t’es trop doué.
- C’est l’entraînement mec. Si au lieu de comater, tu répétais, tu verrais la différence !
- Ouais…
Rupert Wenlock boit une lampée de sa bière bavaroise bon marché.
- …J’ai pas la foi.

Il se lève, jette la bière tiède dans un coin de la cave où les deux hommes sont installés. Le squat est sale, froid. Des cartons servent de meubles et des couvertures, des sacs de couchage sont éparpillés çà et là, autour d’un camping-gaz.

- J’te fais un café ?
- Bien serré, oui. Sans lait !
- Vous, les Français…
- Désolé d’avoir du goût… J’ai pas été élevé aux sandwiches aux chips, moi.

Rupert revient avec les deux tasses fumantes et en passe une à son acolyte. Un beau jeune homme, d’à peine vingt-deux ans, dont le front est caché par une épaisse mèche de cheveux bruns. Son regard bleu est intelligent, taquin, mais ses sourcils sont froncés. Signe d’une charge pesante déjà à assumer.

- Bon, on a prévu quoi aujourd’hui ?
- On attend… Les autres doivent passer dans deux heures. Ils auront peut-être des infos. T’as du feu ?
- T’es con ? On est seul hein.
- Désolé, l’habitude…
Une flamme, comme sortie de nulle part, embrasa l’extrémité de la cigarette. Antoine replaça sa baguette dans la poche de son trench coat.
- Ouais je sais… T’es un vrai agent infiltré toi, un vrai pro, tout ça…
- C’est ça. Non mais sinon j’ai rien eu ce matin. J’sais pas. Y’a un passage prévu demain, c’est bon signe du coup, de pas avoir de nouvelles.
- Combien ? Moldus ?
Rupert s’assoit à côté de son ami, prend la guitare et gratte distraitement les cordes.
- Trois. Des dissidents politiques. J’en sais pas plus.
- Tu veux pas en dire plus.
Finissant d’un trait son café, Antoine se lève d’un bond.
- J’vais chercher à bouffer. Je cuisine à midi.
- Bon prince que tu es ! T’as une réunion, c’est ça ?
- Non je vais au marché. Tu sais très bien que je peux pas te le dire.
- Antoine, j’te connais.

- Entraine-toi plutôt. J’fais le plein de légumes. Il te faut des vitamines.
- C’est ça, ouais… Pour ce soir y’a Tobias qui ramène…
- Oh ! On est censé être opérationnel demain !
- J’ai pas l’air opérationnel ?
Rupert fait mine d’être offusqué et écarte les bras en signe de protestation.
- Tu veux que je te fasse un dessin ?
Antoine réprime un sourire. Au fond, lui aussi ne dirait pas non à une petite sauterie.
- Allez… Un tout petit peu. Pour la couverture !
- Bon, ok, va pour cette fois
Avec un clin d’oeil à l’Irlandais, il quitte la pièce, laissant le vent glacial pénétrer dans la cave et griffer les bras nus de Rupert qui cherche aussitôt de quoi se couvrir.

***

Le soir, une petite bande de chevelus de tout âge et tout genre a envahi le local. Dans un coin, ça parle politique. Un vieux mec raconte à trois jeunes passionné.e.s son étude de terrain auprès des SDF du quartier. Un autre se révolte de la faillite du communisme, qui laisse croire qu’il n’existe aucune alternative au capitalisme meurtrier. Tous approuvent. Un vague nuage aux senteurs d’herbe et de bière flotte au dessus des têtes. Là où la lumière est plus faible, les corps s’entrelaçent. D’ici quelques minutes, ils oublieront leurs lourds vêtements hivernaux.

***
Le lendemain, à l’aube, une brume recouvre le lac de Wannsee. Les deux hommes sont tapis dans l’ombre, à l’orée de la forêt, à une centaine de mètres de la frontière.
- J’comprends jamais leur système d’infiltration.
- Sérieux, ferme-là.
- Quoi ?
- Mais ça fait douze fois que tu me dis ça.
- Nan mais c’est vraiment risqué. Pourquoi ils utilisent pas des Portoloins classiques ? J’suis sûr qu’ils ont eu plein de ratés avec ces bourses d’or pleines posées dans la rue.
- T’en as déjà vu, toi ? Des extraditions foirées parce que c’était pas la bonne cible ?
- Non.
- Bah voilà. Lâche-moi le chaudron avec ça, maintenant, tu veux ? Tu trouves que je bosse bien, non ? Bah y’a pas de raison que ceux d’en face ne le fassent pas.
- N’empêche. Quand on récupère le mec, c’est vachement plus chaud de modifier sa mémoire. J’ai proposé qu’ils leur donnent des clefs de Traban. C’est tellement plus simple ! Le gars sait déjà qu’il est sur le départ. Y’a une logique. Donc moins d’incohérence, et moins de doute chez lui après. J’suis sûr de pas être le seul à le penser.

D’un air distrait, scrutant au loin quelque chose que seul lui semblait capable de distinguer, Antoine lui répond.
- Oui… Oui. On en parlera en réunion, si tu veux.
- T’es un amour, Toinou.

Ce dernier fait volte face, l’air vraiment agacé.
- Oh sérieux tu me gaves !

Rupert, calmement, son sourire ancré sur les lèvres, pointe son doigt dans la direction que fixait à l’instant son collègue.
- Ils arrivent.
Aussitôt, trois corps sont projetés sur le sol, une lourde bourse atterrissant au milieu d’eux. Une jeune femme apparaît, accroupie, et se relève gracieusement. Elle observe les alentours puis se dirige vers les deux hommes, la main tendue. Son allemand est parfait.
- Hey, Maureen Wienerstein, Ich freue mich Sie zu treffen.
- Rupert Larkin und Antoine Lapeyronnie, ebenfalls ! Bitte folgen Sie uns.
Rupert soulève deux des personnes inanimées et Antoine fait de même avec la dernière. Ils se dirigent vers l’atelier de réparation des bateaux de plaisance. Là où Rupert s’occupera de leur insérer les bons souvenirs en tête. Les trois moldus ont passé le Mur en canot, grâce à l’aide du réseau de résistance socio-libéral.

- Pourquoi c’est toujours des Américains ?
- Ils sont bien plus discrets que nous. Plus rapides. Moins bavards Rupert, moins bavards.
- Elle est canon, tu trouves pas ?

Dans ces cas-là, Antoine ne sait jamais s’il doit rire ou pleurer. Dans le doute il lâche un soupir lourd de sens.


Dernière édition par Rupert Wenlock-Larkin le Mer 12 Oct 2016 - 17:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Rupert Larkin - Vagabondage   Mer 25 Nov 2015 - 16:43

La lumière vacillait et les ombres chancelaient. La scène si tranquille était rompue en son coeur. Brisure invisible, par la lecture anodine, tout était devenu vain.

Une heure plus tôt, Rupert était plongé dans un grimoire de psychomagie qui se distinguait par sa complexité. Les ateliers en compagnie du jeune Westminbrook avaient réveillé son enthousiasme et il ne rêvait plus que de progression. Il sentait qu’il frôlait la limite, ce plafond de verre qu’il ne parvenait pas à briser, malgré les années d’étude. Son dos était courbé, ses coudes fermement appuyés de part et d’autre de l’ouvrage, sa posture inconfortable oubliée à la passion qui l’animait. Entre lui et le livre, difficile de dire qui absorbait l’autre.

Le hibou eut à cogner plusieurs fois à la fenêtre avant de sortir le professeur de sa transe érudite. D’un mouvement las, il alla récupérer la missive, pestant contre les courbatures qu’il se créait en se tordant sur son fauteuil - et celles qu’il avait encore depuis le match de Quidditch.
Toutefois le parchemin était trop fin pour une lettre, et les lettres imprimées largement rappelaient le style de la Gazette. Attentat perpétré par des Moldus à l’hôpital Ste-Mangouste. Ses sourcils se froncèrent.

Son air sérieux, concentré, se délitait à la mesure de la lecture. L’information était trop lourde. Trop dure pour ne figurer qu’en marge d’un simple morceau de papier. Et si ses doigts tremblaient, la réalité paraissait étrangère à cette note destructrice.
Ismérie. Ismérie était morte. Ça sonnait faux. Impossible. Drôle, même, car ce ne pouvait être qu’une blague, n’est-ce pas ? On ne pouvait pas écrire ça dans un journal. Ces cinq caractères, frappés à la machine, imprimés à l’encre noire, répétés, encore et encore. Un glas insipide.

Ce n’était pas de l’incompréhension, non, la nouvelle était tout à fait limpide et l’attaque pouvait être raisonnée, suite à l’attentat de la semaine passée. Il y a quelques mois encore, Rupert aurait écrit un papier sur les raisons et les conséquences de l’événement, pointant du doigt les failles, remontant les rouages pour en donner le sens. Il aurait traité la chose de la même manière qu’un revirement dans les relations internationales ou une brusque déflation de la livre sterling ; à savoir comme un événement intéressant pour l’actualité politique du pays. Rien de plus. Rien de moins.
Et une semaine plus tard, avec un peu de chance, Rita Skeeter n’aurait pas entièrement détruit son analyse dans sa copie scandalisatrice.

Lentement, assourdi, il revint à son bureau. Déposa la fiche à côté de lui. Il avait mal à la tête. Fichtrement mal à la tête.
Alors il plongea sa plume dans l’encre et inscrivit quelques mots sur un court parchemin. Une lettre lapidaire. Il gribouilla l’adresse du bureau, à Poudlard. Remercia l’oiseau et lui tendit la missive signée.

Et retourna à son étude. Tout en sachant qu’il n’en tirerait plus rien pour la journée.

Quel bordel. Un putain de beau bordel.
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MessageSujet: Re: Rupert Larkin - Vagabondage   Dim 28 Fév 2016 - 17:05


Fiche de duelliste
Âge : 40 ans
Métier : Professeur de Droit / Ancien Oubliator
Alignement : Aucun
Seuil de base débutant : 30
Seuil de base intermédiaire : 40
Seuil de base avancé : 50

Traits de personnalité
Spécialiste
Rupert est legilimens, étudie l'occlumancie, et est un ancien bon Oubliator : +5
Imprudent
Au bout de 4 tours, s'énerve et multiplie les erreurs : -4
Vite fait bien fait
Bonus pour les 3 premiers tours : +3
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Rupert Wenlock-Larkin
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MessageSujet: Re: Rupert Larkin - Vagabondage   Ven 4 Nov 2016 - 10:44




Au loin le vent léger siffle, épiçant la douceur de l'atmosphère, dont les teintes bleutées appuient le verdoiement de la plaine et la noirceur brillante des flots. Rien de lugubre dans ce tableau aux couleurs dites froides car l'été à Arklow donne la saveur d'une plénitude joviale à qui passe son regard sur l'horizon. Et du manoir esseulé, invisible au promeneur non averti, les saynettes de la ville se déroulent comme un feuilleton que l'on regarde du coin de l'oeil, alors qu'on s'affaire à plus important.

Etabli à flanc de colline, le bâtiment est cerné d'un mur de briquettes plus haut qu'à l'habitude, recouvert de tuiles ondulant, couvrant le mouvement souple de la truelle. Point de niveau pour construire ici : c'était la seule règle. Cette dernière fantaisie était l'apogée d'une adolescence passée à faire rager le patriarche. Chez les Wenlock, on ne rigole pas avec l'architecture : c'est le fonds de commerce de la famille depuis des décennies. Ils avaient suivi et devancé les modes pour satisfaire aux clients les plus sophistiqués. Et quand Rupert rie de sa bonne blague, son père et ses oncles sourient. Il n'avait fait que flatter la créativité de sa famille en se montrant si fantasque.

A voir le résultat, d'ailleurs, les idées ont été bonnes. Et le travail d'orfèvre, le savoir-faire compulsé dans une tradition orale enrichie d'une génération après l'autre, a permis une réalisation aux finitions parfaites. Les descendants de la fameuse Brigitte savent manier les chiffres et sur les plans, ont tout arrangé.
Lorsqu'un magicien ou toute personne passant les sorts de protection pousse le portail circulaire, décoré d'une Acromentule joueuse, il s'ouvre à lui un jardin parfumé, entre senteurs de roses, de mille sortes de fuchsia et de buissons aromatiques à foison. Le chemin sinueux est pavé de marbre aux veines verdâtres et le gazon, taillé haut, alterne avec des parterres de trèfle blanc et vert.

La noue, près de la fontaine, est toujours remplie, grâce aux généreux cieux irlandais, et entre les roseaux flottent les odonates aux ailes irisées. La gargouille, parfois, s'anime pour converser avec un crapaud qui passe par là se plaindre de la sècheresse estivale. Et se joint à eux l'un ou l'autre petit d'homme qui, armé d'un seau, vient puiser à la source. Hauts comme trois pommes, les farfadets sont richement vêtus, de vestons brodés et de chaussures taillées dans des coques de noix. Leurs chapeaux, surtout, font leur grande fierté, et ils le soulèveront, à n'en pas douter, pour vous saluer, révélant ainsi leurs cheveux roux bien peignés. Il faut les suivre quelques mètres pour trouver, dans le coin sud-ouest de la clôture, derrière une rangée d'hortensias, leur village. C'est un groupement d'une dizaine de maisons de taille variable, au style traditionnel du cottage irlandais, peintes avec fantaisie. Ils ont une placette à eux, qui sert de terrasse au cafetier, et derrière la plus grande bâtisse, un portillon leur permet de quitter la propriété des grands humains.

Marigold a si souvent joué avec eux, lors des vacances. Ce sont des êtres amusants et farceurs. Leur jeu principal est de repérer les nids de Niffleurs et, l'air de rien, de faire apparaître de l'or artificiel dans un trou. Ils assoient tous leurs enfants sur une motte de terre et attendent gentiment que le Niffleur retourne à la surface, furieux d'avoir été trompé, une fois de plus. Bien souvent, ces épisodes se terminent par une course-poursuite désordonnée dans la prairie, animée des éclats de rire des leprechauns satisfaits.

Maintenant, Marigold ne les observe plus si souvent : elle devient une adolescente, comme elle le raconte avec sérieux à son papa. Elle s'occupe intelligemment ou reçoit ses amis pour quelques jours. Parfois cependant, quand elle a disparu, Rupert sait que sa fille est assise derrière les hortensia et converse avec ses vieilles connaissances.
Il est heureux, le regard qu'il lui adresse, quand à pas de loups il vient vérifier qu'il a raison. Elle n'a pas encore tout à fait grandi. Et les événements depuis février ne l'ont pas anéantie.

Alors l'homme s'en retourne pencher sa grande carrure sur son établi. Kaïros éternue à chaque fois qu'il renifle la peinture – on dit des Braques que ce sont des chiens intelligents et l'on dit aussi des intelligents qu'ils sont les seuls à pouvoir jouer les imbéciles. Un jour, cette moto sera terminée et ce jour, le chien n'est pas sûr de vouloir le voir arriver car il craint le projet suivant de son maître. Et il est hors de question qu'il vole à ses côtés vers le pays de Galles. Non, monsieur.
Et il jappe alors sans qu'on comprenne vraiment pourquoi.

Le soir, parfois, près des flammes louvoyantes du grand poêle en céramique, Marigold s'affaire avec ambition à la réalisation d'un velouté et d'une viande rôtie, dont son père vient rectifier l'assaisonnement. Les mains occupées  ils débattent avec vigueur, parfois le ton monte et ils s'offrent des gestes théâtraux au moyen d'une cuiller en bois brandie. Qu'importe qu'ils soient d'accord, au final, Rupert s'amuse de la rigueur de l'argumentation de la petite Pouffsouffle, l'imaginant déjà, bien des années plus tard, femme affirmée à la fougue persuasive.

Plus souvent, Rupert allait en ville chercher des petits paquets en papier brun tachés de graisse au Burger Hill, pour un festin sur les canapés. On ne faisait pas attention à la manière de manger, chez Rupert. Après tout « Récurvite » avait été son meilleur ami, d'aussi loin qu'il se souvienne.
Dans le salon, une grande toile représentant un cirque en jouxte d'autres, aux paysages variés. Vers vingt heures, les personnages sont prêts et dansent, chantent, jouent des pièces au scénario simple et efficace, terminant obligatoirement sur des éclats de rire. Le père plaisante sur l'absence de publicité sur cette télévision improvisée et le chef de la troupe, le prenant au mot, pousse l'ironie à inventer un sketch ventant le mérite d'une pelle à sable qui se trouve là.

Ces scènes quotidiennes, vernies d'un glacis tendre, se figent dans les souvenirs d'un été nouveau ; image d'Epinal dont l'artificialité est indicible. Dans la routine se dissout l'angoisse et les questions irrésolues. C'est la tangibilité rassurante des petites habitudes, des joies simples, rappels enfantins qui fixent la mémoire. Dans une brèche coule un ciment doucereux et sincère d'une amitié refusant de questionner la cause de ses fissures. Entre le père et la fille, on tait ce qui nous rapproche, on a fait silence sur les raisons de cette peinture naïve. Le crépi qui cache la faille empêche de contrôler son état, laissant le témoin s'inquiéter seul de son accroissement incertain.
Eux s'étaient décidés : ils ne gratteraient pas l'enduit salutaire.
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MessageSujet: Re: Rupert Larkin - Vagabondage   Aujourd'hui à 7:23

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