I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.

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MessageSujet: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Jeu 6 Oct 2016 - 14:20



Désespoir. Culpabilité. Mensonges.
Le 5 octobre 1997


Octobre. Le temps était à l'orage. Et au travers de la verrière, Hope observait distraitement les environs, obscurcis par le ciel maussade et capricieux. D'épais nuages se formaient à présent au dessus du château, tandis que les feuilles des arbres s'agitaient sous l'effet du vent et commençaient à prendre leurs teintes automnales. Un coude sur la table et son menton posé dans la paume de sa main, elle laissait son regard s'attarder un peu partout, sans réellement savoir où le poser ni quoi regarder. Plus que tout elle voulait retourner en arrière, elle voulait être une nouvelle fois au 31 mai 1997, à ce jour où, par elle ne sait quelle absurde raison, elle avait voulu garder le secret sur ce que Phinéas Beurk avait projeté entre elle et l'un des fils de la famille Karkaroff - Stanislas.

Au départ, elle avait eu pour idée de travailler là, dans la verrière, face au paysage - c'était un endroit qui changeait un peu de la bibliothèque, et elle espérait que la nature environnante parviendrait à l'apaiser. Hope avait donc avec elle deux livres de métamorphoses ainsi que des rouleaux de parchemins et deux plumes, afin de travailler sur ce devoir que leur avait donné le nouveau professeur qui remplaçait Minerva McGonagall. Et elle avait essayé de s'y mettre, vraiment, mais son esprit était bien trop occupé pour qu'elle y parvienne. N'importe qui aurait voulu tout effacer, mais à présent que le mal était fait, Hope assumerait ses erreurs jusqu'au bout. Elle ne se défilerait pas, elle ne tenterait pas de diminuer ses mensonges ; elle était fautive et elle le savait.

Ce qu'elle pouvait être bête ! Qu'avait-elle espéré, en cachant ainsi des choses si personnelles - et surtout tellement importantes ! - à son propre frère ? Rien ne se serait jamais arrangé tout seul, et ce n'était pas en retardant l'échéance que tout serait plus facile. Elle n'osait d'ailleurs imaginer à quel point il pouvait lui en vouloir, et cette simple pensée suffisait à lui tordre le ventre. Elle tentait de faire bonne figure aussi, si bien que rares étaient ceux qui seraient capables de s'apercevoir que quelque chose n'allait pas. Hope paraissait imperturbable, inatteignable parfois aussi, mais ce n'était définitivement pas le cas. Elle était fautive, du début à la fin, et Rowan avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir. Pour une question qui aurait sans doute été réglée depuis des mois si elle avait daigné lui envoyer cette maudite lettre dès qu'elle l'avait reçue, voilà qu'après tout ce qui était advenu à leur famille, et ce qui était arrivé à son frère surtout, elle lui rajoutait de nouveaux problèmes et de nouveaux tourments.

Et s'il n'y avait que Rowan ! Mais non. Elle avait menti à tout le monde, sans exception. A Clemens alors qu'ils étaient pourtant tous deux pendant plusieurs jours à Ravenheaven ; à Daphne qu'elle croisait si souvent, dans leur salle commune ou à la table des Serpentards ; à Astoria qui détestait d'ailleurs tellement Stanislas ; elle avait caché cela à Deirdre, alors qu'elle prenait toujours de ses nouvelles ; et puis à tous ses amis, aussi, avec qui elle avait décidé d'éviter soigneusement le sujet ; et même à Novenka. Avec le recule, elle réalisait à présent à quel point elle avait été stupide et irresponsable. Et plus que tout elle s'en mordait les doigts, à un point inimaginable. Sur le moment, elle avait pensé que c'était le mieux à faire - que personne ne sache, que personne ne se doute de rien. Comme si le fait de tout garder secret permettait aux choses de ne pas être véritablement réelles.

Tout doucement, la pluie commençait à tomber sur les imposantes vitres de la verrière, de fines gouttelettes tout d'abord, puis de plus en plus importantes, se mêlant à quelques bourrasques de vent. L'automne était bien là. Et tandis que l'après-midi touchait à sa fin, les élèves quittaient tous progressivement la verrière afin de rejoindre petit à petit les étages inférieurs. Que ce soit pour retrouver le calme de leur salle commune ou même simplement se promener un peu dans le château avant de rejoindre la Grande Salle pour le repas du soir. Hope, quant à elle, décida de rester un peu plus longtemps là. Il fallait tout de même qu'elle travaille.  




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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Dim 9 Oct 2016 - 18:16





Peu de personnes pouvaient prétendre être capable de surprendre Daphne Nyx Greengrass avec une telle efficacité qu’elle en perdait ses moyens et écrivait une lettre avec fureur sans même y réfléchir à deux fois. Car Daphne était quelqu’un de mesuré, qui pesait ses mots et ses actions avant même de les esquisser, et dont chaque geste était calculé et prévu à l’avance ;  elle vivait dans le futur, et jamais dans le présent, se préparant à toutes les catastrophes, à toutes les conséquences qui pouvaient dévaler la colline, et elle tissait patiemment sa toile, filant ses stratégies et ses tactiques pour éviter que ces tragiques répercussions ne se produisent, détruisant les châteaux de cartes qu’elle bâtissait jour après jour avec patience.

Ils avaient l’apparence de château de cartes ; ils étaient en réalité encore plus solides que s’ils avaient été filés avec de l’acier, car ils reposaient sur quelque chose de précieux, qu’il était impossible de trahir, impossible à oublier – la confiance qui existait entre Daphne et ceux qu’elles considéraient comme si précieux à ses yeux qu’ils étaient sa famille en dépit du fait qu’ils ne partageaient pas le même sang, qu’ils n’avaient pas ouvert les yeux dans la même nurserie, descendu les escaliers de bois précieux du Manoir Greengrass ou supporté les commentaires acerbes de leurs aïeux alors qu’ils n’avaient que neuf ans et étaient assis sagement près du sapin de Noël décoré de fées.

Ou plutôt ; c’était ce que Daphne avait cru.

Mais elle avait une lettre entre ses doigts – pâles, crispés par la fureur, parcourus par des picotements qui provenaient des vagues de magie brute qui tentait encore d’échapper à son contrôle, mutilés par les cicatrices qui serpentaient encore en dépit de l’année qui s’était presque écoulée depuis le jour où elle s’était acharnée sur cette porte de bois qui la séparait de ses sœurs, des cris et des sortilèges, de la mort et des mains livides qui s’élevaient des décombres, macabres et sanguinolentes, tâchées de carmin et libérant des effluves de rouille et de sel – qui prouvait le contraire. Une lettre qu’elle mourrait d’envie d’enflammer, comme si cela allait faire disparaître les traces de ce qu’elle venait d’y lire, comme si tout cela n’avait été qu’un mauvais cauchemar, un mauvais rêve.

Alors, lorsqu’elle trouva enfin Hope, seule, sans personne pour être témoin de ce qui allait se produire, elle mit plusieurs secondes à enfin se décider à pousser la porte de la verrière pour y entrer ; inspirant et expirant, calmant les palpitations qui brûlaient sous sa peau, disciplinant la magie qui était sourde, douloureuse sous sa cage thoracique, grouillant comme un million d’insectes sous sa peau.

Puis, le visage composé et l’expression lisse – telle la statue d’or et de diamant qu’elle avait toujours été, qu’elle avait toujours présenté au monde entier et que seul Blaise avait jamais réussi à briser en mille morceaux – elle entra.

« Hope » salua-t-elle, sa voix aussi douce que les murmures d’un monstre sous un lit. « Comment te portes-tu ? Cela fait si longtemps que je ne t’avais pas vue ! »

Et Daphne négligea les sièges pour se poster à ses côtés, droite et souple, et effleurer du regard les parchemins et les grimoires que sa petite sœur avait disposés autour d’elle pour travailler.

« J’ai eu des nouvelles de Rowan, récemment » continua-t-elle sur le même ton, sans jamais quitter la légèreté qu’elle infusait à ses propos comme s’il s’agissait d’un parfum embaumant la vanille et la rose ; « c’est drôle, il parle de toi dans cette lettre. De toi et de Stanislas – j’ignorais qu’il connaissait Stan, à vrai dire ! Mais l’Aristocratie est un petit monde, comme tu le sais. Un monde où tout finit par se savoir, un jour ou l’autre, si l’on ne fait pas assez attention. »

Et elle se détourna, laissant ses prunelles s’accrocher aux nuages lourds, duveteux, compacts, qui dissimulaient le soleil ; Daphne suivit la course d’une goutte d’eau contre la vitre, et prit le temps d’écouter le roulement du tonnerre avant de reprendre sa litanie.

« Le temps se gâte – l’orage sera bientôt là » fit-elle remarquer, faisant de nouveau face à Hope, comme s’il s’agissait d’une valse millimétrée avec soin, ciselée avec attention. « Mais ce n’est pas important ; ce qui est important, c’est que tant que nous restons ensemble, tant que nous pouvons nous faire confiance, l’Aristocratie ne nous engloutira pas. » Et ses doigts commencèrent à s’agiter, à se crisper sur le papier de la lettre de Rowan, alors Daphne s’appliqua d’autant plus à ne pas perdre le contrôle de son masque – de son visage ; « car c’est ce qui compte le plus, après tout – la confiance. Celle que j’ai en Rowan, celle que j’ai en toi, celle que j’ai en Stan. »

Et elle s’arrêta, brusquement, crispant la mâchoire, relevant le menton ; et elle n’était plus certaine de ce qui était en train de bourdonner en elle.

Etait-ce la magie ?

« Celle que tu as en moi »
continua-t-elle sans hausser la voix, lâchant la lettre sur les parchemins de Hope. « Car, après tout, tu sais très bien que tu peux venir me voir si tu as le moindre problème, et que je serai toujours là pour t’aider à les résoudre, n’est-ce pas ? »

Non. Ce n’était pas la magie.

« N’est-ce pas ? »

C’était la fureur. Et elle venait d’allumer sa voix, pour la première fois depuis qu’elle était entrée dans cette pièce.

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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Lun 10 Oct 2016 - 15:40



Désespoir. Culpabilité. Mensonges.
Le 5 octobre 1997


A présent la pluie tombait, fine et légère mais dense, toutefois, et le ciel assombri par les nuages avait terminé de masquer les derniers rayons du jour. Le brouillard rendait l'atmosphère lourde et pesante, en revanche. Seuls quelques brefs et rares jets de lumière traversaient par moment le ciel et perçaient au travers de la brume, contrastant avec l'obscurité. Tout ceci opacifiait les lieux, et le paysage se troublait peu à peu, à mesure que l'eau se déversait sur les vitres de la verrière. C'était une journée d'automne comme il y en aurait encore bien d'autres, humide, avec ce temps capricieux si caractéristique d'Ecosse.

Finalement, Hope avait commencé à travailler. Elle avait un devoir à faire en métamorphoses, un exposé ; deux rouleaux de parchemin étaient à rendre pour la semaine suivante sur le sortilège d'Inanimatus Apparitus. Toujours aussi consciencieuse et appliquée, elle avait déjà lu plusieurs chapitres sur ce thème, et avait cherché dans ses exemplaires du Mensuel de Métamorphoses les articles s'y rapportant, afin de mettre le plus de connaissances possibles dans son devoir. Mais malgré la passion qu'elle vouait aux Métamorphoses, cette fois-ci, le coeur n'y était définitivement pas. Alors elle avait ouvert l'un des ouvrages qu'elle avait emprunté à la bibliothèque et tournait les pages lentement, à mesure qu'elle en survolait le contenu. Elle prit toutefois sa plume, et commença son devoir.

Ce semblant d'occupation lui permis un instant de tout oublier de ses contrariétés. Et, encore une fois, elle fut agréablement surprise de l'effet qu'avaient sur elle les Métamorphoses - cela la détendait incontestablement. Mais le calme ne fut que de courte durée, car soudain, tout près d'elle, une voix aussi pure que du cristal se fit entendre; pure et froide, sourde - inquiétante, même. Et celle-ci n'était autre que celle de Daphne Greengrass. « Oh... Daphne », murmura Hope, surprise, qui en lâcha sa plume en un mouvement affolé, tandis qu'elle était entrain d'écrire. La fin de sa phrase était alors raturée et se terminait par un mot illisible, l'exacte contraire du reste de son devoir, tandis qu'une trace d'encre traversait quelques lignes du parchemin ; tant pis, tout serait à refaire.

Très peu sûre d'elle, l'arrivée imprévue de la jeune fille avait eu pour effet de la surprendre bien plus que ce qu'elle n'était d'habitude, ce qui révélait à peu près l'état d'anxiété et la tension nerveuse qu'elle s'imposait depuis plusieurs jours. Et elle en sursauta presque, si mal à l'aise qu'elle n'osait même pas regarder Daphne. Y avait-il une personne que Hope craignait de décevoir autant que Rowan ? Oui, il y en avait évidemment une. Et elle se trouvait tout près d'elle. Et lorsqu'elle lui dit que Rowan l'avait contactée, Hope hocha doucement la tête, tout en regardant ses mains posées sur ses genoux, la tête basse, alors que des mèches de ses cheveux retombaient devant ses joues. Elle les avait serrées en deux petits poings, pour tenter de les empêcher de trembler. « Je savais qu'il te contacterait ». Un murmure, rien de plus, prononcé d'une voix presque éteinte. C'était logique. Et nécessaire, de toute évidence.

Aussi Hope préféra-t-elle ne rien dire d'autre, et elle l'écouta sans un mot, et sans bouger, surtout ; stoïque. Mais cela n'enlevait en rien sa culpabilité ou les remords qu'elle ressentait. Et les mots de Daphne appuyaient toujours un peu plus ce qu'elle ressentait ; elle tapait juste, trop juste, et ç'en était atrocement douloureux. A chaque nouvelle phrase, la cadette semblait sentir encore plus de poids alourdir ses frêles épaules ; de la culpabilité bien sûr, de la honte, aussi, et le tout mêlé à cet affreux sentiment qu'elle avait au fond d'elle, celui d'avoir trahi les personnes les plus chères qu'il lui était donné d'avoir.

Et une fois de plus elle sursauta, alors que Daphne avait brusquement déposé la lettre de Rowan au milieu de ses livres et des rouleaux de parchemins raturés qu'elle aurait initialement dû remplir. Avec une appréhension non dissimulée, elle parvint à peine à lancer un rapide coup d'oeil à cette missive, tandis qu'elle présentait dans la voix de sa soeur toute la colère qu'elle tentait de ne pas laisser transparaître pour le moment. Cette nouvelle la mettait hors d'elle et à raison. Pas tant du fait que Hope était fiancée, sans doute, mais plutôt parce qu'elle n'avait pas jugé bon de l'en informer - et plus encore car cette mascarade durait depuis plusieurs mois. Hope pouvait même sentir ses propres yeux commencer à devenir humides, bien qu'elle ne pleurerait pas, cela dit. Evidemment, elle devinait les sous entendus dans chacune des phrases de son aînée, elle sentait sa colère malgré sa voix aux accents presque sucrés, et c'était parce qu'elle savait qu'elle avait blessée Daphne, surtout, qu'elle se sentait alors aussi mal.

Et Hope grimaça. A mesure qu'elle imaginait ce que cette lettre disait à demi mot, ce que la missive de son frère - de leur frère - mentionnait. Et après un furtif coup d'oeil mal assurée, elle n'osa plus regarder la lettre que Daphne avait posée sur la table ; elle savait déjà ce qu'elle contenait - elle s'en doutait. Et pire encore, Hope savait aussi que ce à quoi elle avait eu droit jusqu'à maintenant n'était sans doute rien comparé à la tempête qui allait venir. Alors qu'importe, elle tenterait quelque chose. « Oh... Daphne, ce n'est pas ce que je voulais... ». Une phrase bien inutile, s'il en est. Mais que pouvait-elle dire d'autre ? Elle avait été idiote de n'en parler à personne. Et sans doute Stanislas aurait-il dû lui conseiller de tout avouer dès le départ. Mais quoi qu'il en soit, à présent elle s'en mordait les doigts. « Et j'ai confiance en toi, tout comme j'ai confiance en Rowan », précisa-t-elle immédiatement. C'était un bon début. Ou du moins fallait-il l'espérer.

« Je sais où tu veux en venir en me disant tout cela... ». En vérité, Hope avait l'impression de marcher sur des oeufs. Et évidemment, ce n'était pas véritablement une impression - c'était le cas. N'importe quel mot risquait de souffler un peu plus sur les braises et de mettre le feu aux poudres. Mais elle savait surtout que, peu importe ce qu'elle dirait, elle ne pourrait éviter la fureur de Daphne. Elle l'accepterait, toutefois. « Contrairement à ce que Rowan et toi semblez penser, je n'ai pas voulu garder tout cela pour moi. Enfin... c'est ce que j'ai fais quelque part mais... Je ne voulais vraiment pas... Que les choses en arrivent là... ». Elle ne savait pas comment aborder le sujet. Encore moins avec Daphne à côté elle. « C'est juste que je n'ai pas trouvé... ». Et elle soupira, honteuse. « Peu importe. Je sais que je mérite ta colère et ta rancoeur, tout autant que celles de Rowan, alors je ne tenterai pas de t'empêcher de m'en vouloir. Je le mérite et j'en ai conscience ». C'était fondé. Et la colère de Daphne tirait toute sa légitimité des mensonges et des dissimulations de Hope. Telle une enfant prise en faute, elle baissa une nouvelle fois la tête. Penchée ainsi sur ses genoux, elle ne bougea pas pendant peut-être quelques instants. « Je sais que je vous ai blessés, Daphne, toi tout autant que Rowan - je m'en doute bien. Et vous devez être déçus aussi, que j'ai été capable d'agir comme cela ».

Une nouvelle fois, Hope marqua un temps d'arrêt. « Mais cette histoire avec Stanislas était bien loin d'être en tête de mes priorités, depuis le mois de juin ». Et c'était un euphémisme. Car tout ce qui l'avait intéressée, depuis, c'était sa famille. A plus forte raison lorsque, au fil des jours, Hope s'était rendue compte qu'elle s'amenuisait comme une peau de chagrin. « Alors... ». Elle avala sa salive. « Alors je suis d'accord avec toi, j'aurais dû venir te trouver immédiatement dès ton retour à Poudlard pour t'en parler, mais je ne voulais pas t'accabler de problèmes supplémentaires alors que tu venais tout juste de revenir. Je comptais tout vous dire, je te le jure, Daphne. Vraiment ». Hope s'arrêta alors, cherchant ses mots. Elle regarda un instant l'extérieur, tandis qu'un coup de tonnerre éclata au loin. « Je n'ai simplement pas trouvé le bon moment au départ. Alors je me suis dit qu'il valait sans doute mieux attendre la fin de l'année scolaire... Et ensuite tout s'est enchaîné. Et lorsque nous sommes rentrés à Poudlard en septembre, je me suis rendue compte que c'était bien trop tard... que j'avais trop tardé pour le dire ». Et Hope inspira une dernière fois, avant de conclure, finalement, par une dernière petite phrase. « Mes excuses te sembleront sans doute bien maigres en comparaison de ce que je vous ai fait ».
 




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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Jeu 13 Oct 2016 - 22:24



Hope laissa tomber son stylo ; Hope se recroquevilla, prise en faute, écrasée sous le poids de ses actions et du fiel que Daphne déversait ; Hope tenta de parler, Hope tenta de lui donner tort – de lui assurer qu’elle avait effectivement confiance en elle et en Rowan.

« Tu as une bien piètre façon de le montrer » rétorqua-t-elle immédiatement.

Et ça avait toujours été le problème d’Astoria ; elle n’avait jamais saisi l’ampleur des sacrifices qu’ils pouvaient faire, elle n’avait jamais mesuré à quel point les gouffres au bord desquels Daphne dansait étaient profonds et sans aucun espoir de se rattraper à quoi que ce soit ; une fois que l’Aristocratie vous engloutissait, c’était fini. Terminé. Elle avait vu sa mère se faire engloutir par l’amour des traditions jusqu’à en être aveuglée, jusqu’à nier la vérité et ce qui se cachait derrière la chevelure brune d’Astoria d’abord – puis derrière la stature, altière, de son aînée. Le feu.

Et le feu continuait à brûler alors qu’elle écoutait les justifications que Hope tentait d’avancer – sa toute, toute petite Hope, encore innocente et protégée dans des tours d’ivoire et d’argent, mise à l’écart du monde et des griffes empoisonnées de leurs aïeux et de ceux qui avaient voulu éclabousser les pavés de leur sang bleu ; et ses excuses ne faisaient qu’agiter encore plus Daphne, que verser un peu plus de pétrole sur elle, et il ne suffisait plus qu’une allumette pour que tout s’embrase.

Hope craqua l’allumette.

« Tu ne voulais pas m’accabler »
répéta Daphne, comme si elle ne parvenait pas à y croire ; comme si elle avait besoin de répéter ces mots pour véritablement croire que sa cadette les avait effectivement prononcés, et qu’il ne s’agissait pas seulement d’un effet de son imagination, d’une illusion, d’un mauvais rêve. « Tu ne comprends donc pas ? »

Et l’allumette tomba.

« Rowan et moi – c’est tout ce que nous avons toujours fait. Nous accabler pour que vous ne le soyez pas. Porter tous les fardeaux, les régler avant qu’ils ne vous atteignent, toi et Astoria. Eteindre les brasiers, faire cesser les chuchotements, écarter les dangers qui peuvent vous guetter, détourner l’attention lors des repas de famille des écarts qui ont pu se produire… C’est tout ce que nous avons toujours fait. C'est notre devoir, et nous l'avons toujours effectué avec fierté. »

Alors elle s’embrasa.

C’était suffoquant, c’était douloureux ; elle était en colère, elle était furieuse de voir Hope s’enfoncer seule dans un problème qu’ils avaient déjà affronté, qu’ils avaient déjà cru avoir terrassé, qu’ils pensaient être définitivement enterré lorsque Rowan était devenu Patriarche et que William avait concédé à ne pas imposer de mariage à ses filles ; et Hope avait démoli tout ça en leur privant leur droit à se battre, à tenter de faire quelque chose, à forcer le destin à ployer et à prendre la forme qu’ils souhaitaient.

Daphne n’était pas certaine qu’elle pourrait lui pardonner.

« Alors, oui, Hope, tes excuses sont inutiles. Elles ne nous rendront pas les cinq mois pendant lesquels nous aurions pu faire quelque chose facilement – car quoi que nous fassions désormais pour briser ces fiançailles, cela ne pourra pas être subtil. Cela ne pourra être qu’une manœuvre désespérée, radicale, détestable, qui nous exposerait tous » cracha-t-elle finalement de fureur. « A quoi pensais-tu, au juste ? Que tu n’es qu’une marchandise dont ton parrain peut disposer comme il le désire ? »

Et c’était sans doute le plus rageant, le plus douloureux ; Daphne se revoyait encore, assise à cette table des Trois Balais, suppliant Rowan de lui venir en aide pour échapper à ce destin que tous semblaient vouloir lui imposer, ce carcan aussi étouffant qu’un corset qu’on serrerait et serrerait et serrerait encore et encore autour de ses poumons, la privant d’air et de tout pouvoir ; et ses mains brûlaient ; et un bocal explosa, un peu plus loin.

Brièvement, elle se remémora un commentaire que Blaise avait fait alors qu’elle perdait le contrôle et qu’elle faisait trembler les meubles de sa chambre d’hôpital – tu n’es pas un peu vieille, pour faire de la magie accidentelle ?

La remarque, affectueuse, l’avait apaisée ce jour-là ; mais cela ne fit qu’aggraver les choses, si c’était possible.

« Tu n’es pas une marchandise dont il peut disposer à souhait, au cas où tu te poserais la question. Tu n’as pas à te plier à ses désirs, à baisser la tête devant eux, à te laisser contrôler comme une poupée bien éduquée » cracha-t-elle finalement, rejetant sa chevelure en arrière encore et encore. « Ce que tu nous as fait n’est rien comparé à ce que tu t’es fait. »

Et c’était sans doute le pire – Daphne aurait pu supporter qu’Hope se conduise comme Astoria l’avait toujours fait. Aveugle, sourde et silencieuse à tout ce que ses aînés pouvaient construire, même lorsque c’était dans son intérêt. Elle avait supporté ça depuis des années, et elle aurait pu le supporter encore une fois, le porter et même l’enfouir très profondément pour ne pas y penser et pour être capable de continuer à s’oublier, à avancer et à porter les Greengrass vers le haut – elle était née pour ça.

Le destin n’était pas quelque chose qu’il fallait combattre, mais qu’il fallait faire sien – et visiblement, Hope préférait se laisser engloutir, vaincue par les vagues et les remous, sans même tenter de demeurer à la surface, de se laisser porter par le courant avant de s’agripper au rocher dès qu’elle aurait l’opportunité de le faire.

« Parce que si tu souhaites t’enfermer dans un mariage arrangé, dis-le moi tout de suite pour que je puisse empêcher Rowan de tuer un de mes meilleurs amis » continua-t-elle, sa voix filée par la colère, rauque, éraillée par ce sentiment qu’elle n’avait pas l’habitude de ressentir d’une façon aussi puissante. « Nous pourrons ainsi  commencer les préparatifs, te choisir une robe, parlementer avec les Karkaroff sur le nombre d’enfants requis – après tout, tu ne seras qu’un bout de viande, une poule pondeuse, j’ose espérer que tu comptes offrir de charmants garçons pour perpétrer ces toutes aussi charmantes traditions tout à fait nobles et qu’il ne faudrait surtout pas abolir. J’ai vraiment hâte, pas toi ? »

Et Daphne s’arrêta, finalement. A bout de souffle. Entendant finalement le tonnerre qui grondait et la foudre qui s’abattait.

Prenant une longue inspiration, attachant ses cheveux dans un chignon serré, délicatement, patiemment, les mains fébriles comme une feuille d’automne attachée faiblement à son arbre ; les mains tremblantes comme la surface d’un lac sous lequel seraient dissimulés des monstres et des cauchemars.

Sa main gauche, celle sur laquelle brillait la bague de Blaise, écarta les mèches de son visage, se pressa sur ses paupières pour en chasser la lassitude et l’électricité qui l’animait encore.

« Nous te tirerons de là, même si nous devons nous jeter dans la fosse aux lions » murmura-t-elle, son regard s’accrochant à la pluie qui s’abattait sur les vitres.

Ils s’en étaient déjà sortis plusieurs fois, après tout. Ils étaient insubmersibles.


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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Ven 14 Oct 2016 - 17:36



Désespoir. Culpabilité. Mensonges.
Le 5 octobre 1997


Hope écoutait attentivement Daphne, mais que pouvait-elle répondre à ses accusations ? La jeune femme avait raison, elle aurait dû tout leur dire depuis le début, mais elle s'en était bien gardée. Ses excuses étaient totalement justifiables - du point de vue de Hope, du moins - mais elle comprenait aisément que cela ne soit pas perçu de la même façon par Daphne, ou encore par Rowan. « Oui, je sais tout cela ». Elle la regarda, désolée. « Et je vous en ai toujours été reconnaissante, Daphne ! Depuis le jour où j'ai été capable de m'apercevoir de tout ce que vous faisiez et de comprendre, surtout ». C'était sans doute un petit peu plus compliqué pour Astoria. Evidemment, Hope ne doutait pas qu'elle leur en était reconnaissante également, quelque part, mais elle avait une drôle de façon de le montrer - en en faisant toujours plus. « Mais je ne suis plus une enfant, Daphne, et je ne peux pas vous demander de toujours être derrière moi... et prendre toutes les responsabilités en tout, que cela ne concerne que moi ou que cela concerne également Astoria, d'ailleurs. Même si c'est là votre rôle, et même si vous effectuez cette tâche avec fierté ». Elle était triste, et sa tristesse se lisait aisément sur son visage si pâle - elle ne tentait même pas de la cacher, à cet instant. « Vous ne pouvez pas toujours vous sacrifier pour nous », compléta-t-elle. « Alors je comprends très bien. Mais je ne peux plus agir comme je le faisais avant, contacter Rowan ou te contacter toi dès que quelque chose ne va pas. Je m'en veux d'agir comme cela, Daphne. De toujours me reposer son mon frère et sur ma soeur ». Tentative d'émancipation ou véritable inconscience ? Il aurait sans doute été bien difficile de le dire.

Quelques secondes lui furent nécessaires avant de reprendre bien vite, car elle ne voulait pas laisser sous-entendre malencontreusement quelque chose qu'elle ne pensait pas. « Mais ne te méprends pas... je ne suis pas entrain de dire que nous n'avons plus besoin de vous, ni que moi je ne requiert plus votre aide ou votre présence ; au contraire, nous en avons toujours atrocement besoin, Astoria et moi - même si, en ce qui concerne Astoria, elle s'évertuera toujours à tenter de faire croire le contraire ». A présent elle commençait à grandir, et elle se rendait compte progressivement de tout ce que Daphne et Rowan avaient fait par le passé et devaient encore faire à présent, que ce soit pour elle ou même pour Astoria. Et quelque part elle s'en voulait de leur créer tant de soucis, quand bien même était-ce là le rôle qui leur avait été attribué. « J'ai besoin de vous, Daphne, c'est bien là l'une des rares certitudes que j'ai encore. Mais je ne peux pas continuer à toujours me reposer sur vous ». Elle voulait changer et elle s'y prenait bien maladroitement, elle le savait. Aussi cela lui permettrait sans doute d'apprendre de ses erreurs... ou de les payer bien cher par la suite.

Fixant son regard sur l'horizon nuageux, elle ne dit rien pendant quelques instants, réfléchissant à tout ce qui se disait actuellement tout autant qu'aux réponses qu'elle devrait avancer. Elle écoutait Daphne avec la plus grande des attentions, considérant chacune de ses phrases et chacun de ses mots. Sa colère et son énervement étaient justifiables, Hope le savait bien. Même si cela lui faisait atrocement mal. « Oui je suppose qu'entre les obsèques de mes parents, le procès de Rowan et son affectation dans un centre de détention avec l'interdiction formelle de m'approcher vous auriez... ». Sa voix se brisa, fragile, et elle ne parvint pas à terminer sa phrase. Elle se coupa d'elle-même dans son élan, et elle ferma les yeux un instant, silencieuse. Non, l'été qui venait de s'écouler n'était sans doute pas le moment propice pour s'occuper de telles choses, bien que Hope ne douta toutefois pas qu'ils auraient tenté d'agir. « C'est justement pour cela, que je n'ai rien dit, Daphne. Parce que cette fois ce n'était pas moi qui étais directement concernée, ni même Astoria - mais Rowan ». Pas par les fiançailles mais par la situation. Par le procès, par le verdict. Hope n'avait été qu'un dommage collatéral, dans toute cette histoire. Elle avait souffert évidemment, plus que tout de devoir quitter son frère en un moment pareil, et de le perdre, aussi, quelque part, en entendant le verdict qui avait été prononcé. Il avait été jugé dangereux pour elle et elle n'avait pas même pu lui écrire.

Toutes ces semaines interminables n'avaient eu que pour effet de la conforter dans son idée, qu'elle avait bien fait de ne rien dire, de tout garder pour elle. Après tout, qu'est-ce que cela aurait changé ? Et Daphne. Elle aussi, avait tellement souffert. Hope le savait. Mais elle n'osa pas la mentionner, tout simplement parce qu'elle ne voulait pas lui rappeler ce qu'elle avait enduré, et ce qu'elle endurait encore. « Alors oui, je te l'accorde, j'aurais dû lui en parler au mois de juin, tout comme j'aurais dû venir te trouver immédiatement dès ton retour. Mais tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir tenté, après la bataille de Poudlard, de lui rendre les choses un peu moins insupportables qu'elles ne l'étaient déjà ». De vous rendre les choses moins insupportables, aurait-elle dû dire. Son ton restait calme et mesuré, si bien qu'il n'y avait pas un mot qu'elle prononçait plus haut que l'autre. A l'inverse de Daphne, elle restait emprunte de calme et de patience, douce et placide. Mais tentait tout de même d'affirmer ce qu'elle voulait dire. « Rajouter tout cela à la sortie de Sainte Mangouste ou avant le début de l'audience... ». Elle secoua vivement la tête de gauche à droite, d'une part pour chasser cette idée, mais aussi pour appuyer le fait qu'elle n'aurait pu s'y complaire. « Jamais je n'aurais pu m'y résoudre. Alors vous m'en voulez, à présent, et je le sais. Et je l'accepte, avec tout ce que cela implique. Mais aux vues de ce qui s'est passé, je ne regrette pas d'avoir gardé tout cela pour moi ». Qu'importe ce qui se passera par la suite, aurait-elle voulu ajouter, et qu'importe l'opinion que vous aurez de moi. Mais elle s'en garda bien.

Oui, Hope avait sans doute été capable de se tirer elle-même une balle dans le pied, en gardant tout cela secret depuis des semaines et des mois, Daphne avait sans doute raison un millier de fois. Et si le fait d'ignorer le problème lui avait pendant quelques temps permis d'aller mieux, plus la conversation se poursuivait, et plus elle réalisait tout ce que cela impliquait. « Alors ne me rendez pas la tâche plus difficile que cela ne l'est déjà », prononça-t-elle du bout des lèvres, tandis qu'elle fixait distraitement le pot qui venait d'exploser un peu plus loin. Etait-ce Daphne, qui avait provoqué cela ? Hope reporta son regard sur elle, toujours douce et affectueuse, malgré tout - cela l'inquiétait plus encore que la colère de Daphne. Elle ne contrôlait plus sa magie. Et jamais elle ne l'avait vue comme cela.

Mais Hope pinça les lèvres en entendant les paroles suivantes que Daphne prononçait. Elle écouta jusqu'au bout, puis elle se leva doucement de sa chaise tout en prenant appuie sur la table, alors qu'elle poursuivait. « S'il te plait, Daphne, n'emploie pas tant de sarcasmes ». Tournant le dos à sa soeur pendant quelques secondes, elle se posta devant les vitres de la verrière, et elle croisa les bras. Elle poursuivait tout doucement, faible et fragile comme l'aurait été un murmure, mais toutefois assez fort pour qu'elle l'entende. « Pense-tu vraiment que j'ai sauté de joie en apprenant la nouvelle ? Que j'ai été heureuse de me savoir fiancée sans même mon accord à un garçon que je ne connais pas, et à qui j'ai à peine adressé quelques phrases dans toute ma vie ? Et pire que tout sans l'accord de mon frère ? ». Au loin, l'orage ne se calmait pas. Un instant d'ailleurs, il lui vint à l'esprit une idée, celle que Daphne et sa magie incontrôlable - en atteste le pot qui avait explosé un peu plus loin - puissent avoir une quelconque influence sur le temps déchaîné qu'il y avait ce jour-là. Et bien que tout ceci lui semblait bien trop gros pour tenir la route... elle n'aurait été qu'à moitié étonnée, en vérité. « Oh, oui, j'ai été ravie. Vraiment. A plus forte raison lorsque j'ai repensé à sa réputation que nous connaissons tout aussi bien l'une que l'autre ». Des bruits, des murmures et des chuchotements. Rien que Hope n'ait vérifié d'elle-même, évidemment, mais toutes ces rumeurs avaient été bien trop présentes dans la salle commune de Serpentard pour les ignorer pleinement - même si Hope n'était toutefois pas du genre à écouter les ragots ; passe-temps qu'elle détestait au demeurant. « Je n'aurais pas pu rêver mieux ! ». Sans doute s'emportait-elle, et était-elle aussi un peu injuste avec ce garçon, car Stanislas avait semblé vouloir lui prouver qu'il ferait toujours preuve de respect et de douceur envers elle. Mais cette discussion l'avait rendue de plus en plus anxieuse, et ses angoisses semblaient ressortir malgré elle.

Hope inspira profondément, tout autant pour se calmer que pour reprendre contenance. Elle n'était pas énervée, mais elle avait du mal à garder son calme, à cause de l'anxiété qu'elle ressentait. Sa voix devenait par moment plus aiguë qu'elle ne l'était véritablement, et il lui fallut respirer profondément une nouvelle fois afin de reprendre véritablement contenance. Elle ne reprit qu'après. « C'est absurde. Comment aurais-je pu souhaiter une telle chose, sincèrement ? Et je sais exactement ce que le mariage implique, il est inutile de me faire un dessin. A plus forte raison dans l'Aristocratie. Bien sûr que non, ce n'est pas ce que je veux. Pas comme cela ». Instinctivement elle attrapa ses doigts, jouant avec ceux-ci pour cacher son mal être. Non, elle ne voulait pas être une marchandise dont les Karkaroff pourraient disposer comme ils le souhaiteraient pour perpétuer les traditions de l'Aristocratie sorcière, et la simple idée de s'impliquer dans des préparatifs de mariage réussit à la faire frissonner ; parce que, même si elle s'était toujours appliquée à ne pas le montrer - à Stanislas plus qu'à qui que ce soit d'autre, peut-être - tout cela lui faisait peur. Réellement.

Mais malgré ses efforts elle perdait son masque impassible, laissant alors apparaître une expression plus marquée, affligée et maussade, surtout ; sombre. « Mais Stanislas n'y est pour rien, lui non plus. Il a simplement reçu une lettre de son père lui annonçant les choses et... rien de plus. Il ne m'a pas choisie ; il n'est pas fautif ». Pourquoi se donnait-elle la peine d'intervenir pour lui ? Sans doute pensait-elle qu'il n'avait pas à supporter toutes les fautes, lui non plus. Qu'importe, au fond. Elle fit une courte pause. « Je comprends le ressentiment de Rowan à son égard - ou du moins je parvient aisément à me l'imaginer - mais il ne désirait pas ces fiançailles, lui non plus ». Elle s'arrêta un instant, réfléchissant à ce dont il était question. « Bien que je doive tout de même avouer qu'il semblait résigné à s'y complaire ». Ce qui était véritablement une énigme pour elle. En vérité, même si elle ne le connaissait pas énormément, le peu qu'elle avait appris de lui ne lui aurait jamais laissé penser qu'il serait capable d'accepter et de se plier aussi aisément à ce que sa famille attendait de lui. Quoi que, tout bien réfléchis, il lui avait pourtant dit, ce soir où ils avaient discutés, qu'il savait que, tôt ou tard, quelqu'un lui serait promis. Mais là encore elle ne parvenait pas très bien à le suivre. S'il était résigné à accepter tout ce que sa famille attendrait de lui, pour quelle raison ne prenait-il pas plus cas de sa réputation ? Peut-être voulait-il profiter avant cela. Qu'importe.

« Mais personne n'est au courant de rien, pas plus qu'il y a cinq mois en arrière. Stanislas n'a rien dit à personne lui non plus, il me semble. Il n'y a que Rowan et toi qui êtes au courant. Et peut-être Astoria, sans doute ». En vérité, elle hésitait. Daphné le lui avait certainement dit, ou bien alors cela devait être Féliks. Car la famille de Stanislas était forcément au courant... il avait sans doute tout dit à ses frères et soeurs, maintenant qu'elle l'avait elle-même dit à son frère.  




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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Lun 17 Oct 2016 - 13:50



Il avait fallu des années pour que Daphne se rende compte que ses modèles parentaux n’étaient pas ceux qu’un enfant aurait pu souhaiter. Plongée dans un monde dont elle ne s’était pas extirpée avant qu’on ne tente de lui greffer une alliance au doigt, les mains plaquées sur son propre visage pour qu’elle ne puisse ni voir ni parler, il lui avait été impossible de discerner ces dissonances, ces fêlures dans les sourires et dans les miroirs ; de se rendre compte que la pression – injuste, douloureuse, exigeante et souvent malsaine – que Scarlett avait imposé à ses filles dès leur plus jeune âge (redoublant d’effort auprès de l’aînée lorsqu’elle s’était aperçue que la cadette n’était qu’une héritière de rechange, dont elle n’avait aucune utilité, car trop indisciplinée et provocante pour devenir une bonne épouse) n’était pas quelque chose de naturel, quelque chose que les autres subissaient.

Elle s’était pourtant toujours appliquée à traiter ses cadets comme les joyaux qu’ils étaient ; des diamants bruts, façonnés par la pression et la poussière qui dansait devant leurs yeux et constellait les Manoirs dans lesquels ils étaient nés ; son devoir d’aînée n’en avait jamais véritablement été un, il lui avait toujours tant collé à la peau qu’il était au final devenu ses os, sa façon de se construire un foyer sur les ruines de l’aristocratie et de sa famille déchirée par le sang.

Et, brièvement, elle se demanda si elle n’avait pas trop protégé Hope.

« Effectivement, ne pas se reposer sur Rowan et moi semble être la meilleure stratégie que tu aies jamais employée, au vu des résultats » murmura-t-elle. Elle aurait aimé ne pas plus enfoncer la lame, ne pas jeter plus de sel sur les plaies béantes qu’elle avait rouvertes en Hope – la faire souffrir n’était pas ce qu’elle désirait. Mais un enseignement sans douleur avait-il une réelle valeur ? « Tu peux effectivement décider de ne pas te reposer sur nous si tu dois choisir tes matières d’ASPIC ou répondre à une insulte ou une rumeur de couloir, c’est vrai » concéda-t-elle, tentant de maîtriser sa voix – et sa magie. « Mais un mariage, Hope ? Comment as-tu pu penser un seul instant que tu pourrais t’en extirper seule ? »

Daphne n’avait pas pu le faire. Il lui avait fallu requérir l’aide de Rowan, supplier Blaise de ne pas intervenir, manipuler et mentir encore et encore, danser dans les illusions qu’ils créaient les unes par-dessus les autres par leurs sourires et leurs murmures enchantés, valser au bord d’un précipice dont elle ne devait jamais connaître l’ampleur – comment Hope, qui avait été témoin de ce numéro d’équilibrisme, avait-elle pu ne serait-ce qu’envisager pouvoir vaincre des siècles et des siècles de traditions seule ?

La remarque de sa cadette raviva sa colère, acide et douloureuse, pulsant dans ses veines au rythme des battements erratiques de son cœur ; et elle serra le poing, tentant de se concentrer sur la pluie et l’orage, se récitant mentalement les étapes pour réussir un Arresto Momentum et ignorant délibérément que la table s’agitait à côté d’elle – ce n’était vraiment pas le moment de perdre à nouveau le contrôle.

« Evidemment que nous aurions fait quelque chose » siffla-t-elle néanmoins. « Pour qui nous prends-tu ? Pour qui me prends tu ? Penses-tu véritablement que tout cela m’aurait arrêtée ? »

Elle s’était tenue entre un loup-garou et Stanislas pour qu’il ne soit pas blessé ; elle avait traversé le feu et les éclats de lumière verte qui ricochaient contre les murs de Poudlard ; elle l’avait observée se faire détruire, pierre par pierre, se faire dénaturer et se faire avilir ; et elle s’éveillait encore de cauchemars saturés par ces images d’un corps qui s’arquait sous la douleur et d’un Détraqueur qui fondait sur sa proie ; et, même s’il lui était encore difficile de traverser les couloirs de Poudlard, et même si elle ne s’était toujours pas aventurée jusqu’au Parc où elle avait abandonné Cyril à la mort – crac. Une vitre se fissure, légèrement, délicatement, alors qu’elle tente de ne pas perdre le contrôle. Inspire. Expire. Inspire. Expire. – elle n’avait pas regretté un seul instinct de s’être éveillée et de s’être battue.

« Ce n’est pas à toi de décider ce qui est insupportable pour nous – pour moi, Hope. » Et sa voix se voulait apaisée, en dépit de son poing tellement serré que cela en devenait presque douloureux. « Tu peux bien décider de ce que tu veux faire de ta vie ; mais pas du poids que Rowan et moi sommes en mesure de porter. Car lorsqu’il concerne la famille, il n’aura jamais de limites. »

Et c’était une certitude qui l’habitait ; elle portait déjà tant de secrets et de traditions qu’elle était convaincue que si elle ne s’était pas encore écroulée, elle ne le ferait jamais. Pas tant qu’ils seraient ensembles, pas tant que le socle sur lequel elle se reposait serait intact. Ils avaient trébuché et manqué de tomber plusieurs fois – et elle trébuchait encore chaque jour lorsque les hurlements l’assourdissaient et les rais de lumières l’aveuglaient alors qu’elle contemplait un pan du Château qu’elle avait vu être massacré quelques semaines plus tôt ; et elle était même tombée, seule, à Sainte Mangouste, avant que Blaise ne la rejoigne et ne l’aide à se relever ; mais jamais à cause du poids de ses responsabilités envers sa famille.

Inspire. Expire.

Elle avait presque réussi à regagner le contrôle, à tout renfermer dans ce coffre qu’elle n’ouvrait jamais en public – mais le commentaire d’Hope fit sauter les verrous.

« Plus difficile » répéta-t-elle. « Il est vrai que se complaire et se lover dans ses problèmes est nettement plus aisé, en effet. » Crac. « Honnêtement, Hope – je ne te comprends plus. »

Il avait existé une période, longue, qui avait duré presque toute leur vie, durant laquelle Daphne avait été persuadée de connaître par cœur les membres de sa fratrie ; de pouvoir prévoir comment ils allaient réagir, comment ils allaient tenter de vaincre un problème – si toutefois ils tentaient de le vaincre. Astoria avait été la première à s’émanciper de ce carcan, à disparaître de sa vision et à se jouer de ce que les autres attendaient d’elle. Rowan avait divergé, lui aussi, même si elle n’avait jamais été fondamentalement surprise de ses actions ; mais Hope ? Hope qui se sabordait elle-même, qui faisait couler le navire sur lequel elle se trouvait tout en ayant pleinement conscience de ses actes ?

Alors Daphne écouta en silence ses répliques, tentant de comprendre ce qui pouvait bien la motiver à agir ainsi, car il était évident que ce n’était pas la perspective du mariage qui la ravissait, qui la poussait à suivre son chemin comme un météore ; elle l’écouta lui rappeler la réputation sulfureuse de Stanislas – qu’il n’avait pas volée, elle en avait été le témoin de nombreuses fois – pour ensuite lui assurer que ce n’était pas ce qu’elle désirait ; elle l’observa jouer avec ses doigts, nerveusement, machinalement, perdre parfois le contrôle de sa voix qui s’échappait vers des aigus qui ne lui étaient pas coutumiers ; pour finalement employer le même mot qu’elle venait tout juste d’employer, qualifiant cette fois-ci Stanislas.

« Oh, ne t’en fais pas » commenta-t-elle avec légèreté, ses poings demeurant pourtant crispés, sa mâchoire serrée. « Stanislas peut se considérer heureux de se trouver hors de ma portée pour l’instant. Mais cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas une discussion. »

Apposant sa main, encore fébrile, sur une des tables, Daphne prit le temps d’observer le ciel orageux, de discerner nettement un éclair dans la tempête, avant de finalement reprendre la parole ; contrôlant son rythme cardiaque, disciplinant sa magie qui tourbillonnait en elle, qui s’entrechoquait et détruisait toutes ses défenses sur son passage – elle avait pourtant réussi à regagner un contrôle satisfaisant, ces derniers jours. Six mois lui avait-on dit ; peut-être plus. Cela en faisait déjà quatre.

« Je ne te comprends pas, Hope » répéta-t-elle, sans toutefois regarder sa jeune sœur. « Je ne comprends pas ce que tu veux. Car si tu souhaitais te défaire de cette union, il n’y avait qu’un seul moyen d’y parvenir sans détruire complètement la réputation de nos deux familles – et c’était te reposer sur ton frère et moi. Alors soit tu désires t’extirper de cette situation en détruisant tout sur ton passage, soit tu comptes demeurer enfermée. »

Reportant son regard sur Hope, les lèvres pincées et le regard encore fiévreux, Daphne s’approcha de sa cadette jusqu’à ne plus être qu’à quelques dizaines de centimètres d’elle ; car c’était le moment le plus important, celui sur lequel tout allait se bâtir ensuite. Il s’agissait d’une de ces poignées de secondes durant lesquelles tout basculait, que ce soit d’un côté ou de l’autre ; après lesquelles plus rien n’était pareil, plus rien n’était semblable. Comme les quelques secondes avant qu’un miroir ne se fêle et ne reflète plus la réalité, mais quelque chose de complètement différent, qu’il était impossible à prévoir, à réparer.

« Que veux-tu ? » demanda-t-elle, lentement, comme pour être certaine que sa cadette ne pouvait manquer une seule syllabe. « Que veux-tu vraiment faire à propos de ce mariage – à propos de l’aristocratie en général ? »

Ils n’étaient plus au bord d’un précipice. Ils étaient sur un fil. Et ils allaient basculer, d’un côté ou de l’autre. Forcément. Ce n’était qu’une question de temps.

Désormais, il s’agissait de tomber du bon côté.

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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Mar 18 Oct 2016 - 21:09



Désespoir. Culpabilité. Mensonges.
Le 5 octobre 1997


Plus les minutes passaient et plus il y avait chez Hope cette crainte qui faisait surface, celle de provoquer entre elle et Daphne une sorte de cassure, une fissure qu'il serait bien difficile de réparer. Et c'était bien là la dernière chose qu'elle voulait. Car elle était sa famille, aussi chère à son coeur que pouvait l'être Rowan, et bien qu'elle ne se soit pas confiée à elle comme elle l'aurait dû, l'héritière Greengrass n'en restait pas moins l'une des personnes les plus importantes qu'il lui était donnée d'avoir. Sans doute le fait de réaliser à quel point les choses étaient sérieuses l'angoissait d'autant plus et provoquait en elle une angoisse supplémentaire qui serait bien plus difficile à calmer que toutes ses inquiétudes concernant ses fiançailles et son possible mariage. Elle ne voulait perdre ni Daphne, ni Rowan, ni Astoria. Et vu la situation, elle redoutait que cela n'arrive irrémédiablement.

Alors sans doute était elle plus pessimiste que ce qu'elle ne devrait, mais elle parvenait de moins en moins à voir une autre issue. D'une petite voix, elle reprit alors. « Nous serons toutes les deux d'accord pour dire que j'ai réellement manqué de discernement ». Bien que cela ne l'enchantait pas d'avouer qu'elle ait pu être aussi insouciante, elle devait reconnaitre ce qui était - et elle l'assumerait. Elle ne répondit pas à la question de Daphne, cependant, le regard un peu perdu devant elle. En vérité, elle n'avait jamais pensé s'en extirper seule ; elle pensait que tout était déjà décidé, scellé et irrémédiable... et que par là-même elle ne pourrait s'en échapper. Sans doute avec le temps, bien quelle s'efforçait d'affirmer qu'elle avait mis tout ceci de côté, avait-elle commencer à accepter l'idée - bien que cela ne l'enchantait toutefois pas.

La colère si palpable de son aînée l'inquiétait à un point inimaginable. Mais pas tant pour la façon dont elle serait capable de réagir vis-à-vis d'elle, mais au contraire par rapport ce que cela provoquerait chez Daphne. Alors, Hope posa son regard sur le poing crispé de sa soeur, au même moment la table trembla. Enormément. Ce qui fit sursauter Hope. Elle ne fit pas un seul commentaire à ce propos, cependant, ne désirant pas plus aggraver les choses. « Non, assurément. Je le sais bien... », répondit-elle. S'il était bien une chose dont elle était certaine, comme une réalité implacable, c'était bel et bien de la détermination de Daphne. Mais elle n'était plus réellement attentive à tout ce qu'elle lui disait, car plus le temps passait et plus ses réactions semblaient s'amplifier. Et elle avait réellement peur, à présent. Alors elle ne dit plus rien, ne faisant plus que l'écouter, en tentant d'ignorer la table qui bougeait, le pot en terre cuite qui se brisait et la vitre qui se fissurait. Mais elle n'y parvenait pas ; l'état de Daphne était de plus en plus inquiétant.

Et pour être honnête, parfois Hope non plus, ne parvenait pas réellement à se reconnaître. Sa vie avait diamétralement changé, et surtout si vite que cela lui avait presque donné le vertige. Aussi ne dit-elle rien, écoutant Daphne, dont les mots étaient plus vrais les uns que les autres. Car à présent, tout le monde pâtirait de ce qui allait se produire. Et dès lors que Daphne se rapprocha d'elle, Hope comprit que ce qu'elle allait lui dire serait d'une importance considérable, bien plus que tout ce qu'elles avaient pu dire jusqu'à présent. Et elle ne se trompa absolument pas. Sans doute les quelques mois qui s'étaient écoulés avaient été chaotiques, difficiles et sombres, également. Mais toutefois, qu'importe ce qui avait pu se produire, sa vie, bien que difficilement, suivait toujours son cours. A présent elle comprenait qu'elle était à la croisée des chemins, là où tout semblait se jouer. Sans doute était-ce cela qu'elle avait tant redouté ? Le fait de ne pouvoir retourner en arrière ; le fait qu'une décision bouleverserait le reste de son existence dans chacune des facettes de sa vie ; dans sa vie personnelle tout comme dans ses rapports avec les gens qu'elle aimait et qu'elle estimait le plus. Qu'importe ce qui se produirait à partir de maintenant, qu'importe la voie qu'elle prendrait, ce serait définitif. Et sans toute aurait-elle mille fois préféré ne pas avoir à choisir d'elle-même.

« Ce que je veux ? », répéta-t-elle. Et l'espace d'un instant elle se demanda s'il n'était pas quelque chose de sous-entendu à sa question. Daphne était-elle entrain de supposer que Hope pourrait se détacher d'eux à un tel point ? Oui elle grandissait, c'était un fait, et sans doute ses opinions s'imposaient-elles un peu plus que ce n'était le cas auparavant... Mais pas au point de s'opposer à son frère ou à sa soeur et de trahir leurs idées. Jamais. « J'ai promis à Rowan de le soutenir - de vous soutenir - dans ce que vous comptez mettre en place. Et mes positions en la matière n'ont absolument pas changé ». Et c'était vrai. Evidemment ils n'en avaient pas beaucoup parlé non plus, mais du peu qu'il avait évoqué avec elle, Hope voulait les suivre ; elle avait toujours la volonté de s'engager aux côtés de sa fratrie pour soutenir leurs idéaux. « Mais pour le moment, ce que je veux avant tout, c'est savoir pourquoi ». Elle fit quelques pas dans la pièce, face aux grandes vitres qui formaient la verrière, puis elle se tourna Daphne avant de reprendre. « Pourquoi moi. Pourquoi lui. Et surtout pourquoi maintenant ». Car l'époque actuelle n'était sans doute pas des plus propices pour sceller une alliance. Le moment semblait tellement mal choisi. « Ensuite on avisera ». Sans doute n'étaient-ils plus à quelques jours près. « Si toutefois vous êtes d'accord pour m'épauler malgré tout ».



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MessageSujet: Re: I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness.    Jeu 3 Nov 2016 - 21:21



La notion même de destin était quelque chose qu’il fallait manier avec précautions, délicatement, mais cela n’avait rien à voir avec le fait qu’il puisse être fragile, cassable, que l’on puisse le briser ou même l’ébrécher ; il était impossible de craqueler le destin. Elles étaient toutes deux nées avec une voie soigneusement tracées qu’il allait leur falloir arpenter, et qu’elles ne quitteraient qu’une fois arrivée à la fin du chemin, une fois qu’elles auraient accompli ce qui se devait de l’être. Que ce soit Hope, accablée par le poids de ces fiançailles, par les décisions qu’elle n’avait jamais eu à prendre, ou même Daphne, qui lui imposait de le faire, qui la poussait vers le fil sur lequel elle allait devoir marcher à son tour, en dépit de toutes les précautions que Rowan et elle avaient pu prendre pour extirper leurs sœurs des griffes empoisonnées de l’aristocratie – poisseuses, couvertes du sang souillé dont ils avaient hérités, mais acérées et incapable de lâcher leur proie une fois que la chair avait été transpercée.

La vision de Hope hésitant lorsqu’il lui fut offert de prendre une décision détruisit presque immédiatement la colère de Daphne, la transformant en une lassitude étrange, vaporeuse, qui rendait son esprit cotonneux et sa bouche amère ; car il n’était pas surprenant que Hope n’ait jamais considéré avoir le moindre mot à dire dans cette alliance, étant donné que c’était exactement de la même façon que l’héritière Greengrass avait été élevée – comme une marchandise à vendre au plus offrant.

Elle ne réagit pas véritablement lorsque sa sœur lui assura qu’elle n’avait pas changé d’avis, qu’elle souhaitait les suivre dans leurs projets, qu’elle honorerait sa promesse – ils n’en étaient plus là. Plus depuis longtemps. Ils avaient dépassé ce stade des mois auparavant, alors que Rowan trahissait le Seigneur des Ténèbres et que Daphne choisissait de protéger Poudlard au lieu de fuir et de sauver sa vie.

Cela avait peut-être même commencé plus tôt que cela, en réalité. Le jour où Blaise et elle avaient tenté d’extirper Drago de la poigne du plus grand Mage Noir que leur siècle ait connu. C’était ce jour-là que tout avait basculé ; ce jour-là que Daphne avait quitté les nuances de gris dans lesquelles elle avait été élevée, desquelles elle s’était abreuvées, où était demeuré son père et l’entièreté des Greengrass.

Le destin était quelque chose qu’il ne fallait pas toucher car il était brûlant, dangereux – car il pouvait engloutir les imprudents qui tentaient avec désespoir d’en dévier la course, avaler leurs ossements et leurs muscles et leur chair et leur sang et ne jamais les rendre à l’histoire, ou même à la mémoire.

« Je ne sais pas pourquoi » prononça-t-elle ; et ce n’était ni un aveu, ni une concession. C’était une constatation qui l’enfiévrait, qui faisait bouillir son sang et tendait les muscles de sa mâchoire. « Mais crois-moi, ce n’est pas quelque chose que nous ignorerons longtemps. »

Et il s’agissait d’une promesse dont les mots étaient trempés dans l’or et dans l’argent, insensibles au temps ou aux intempéries, résistants à toutes les saisons et aux siècles qui défileraient, inéluctables – ils savaient qui était derrière tout cela, et ce n’était qu’une question de jours, de semaines peut-être, avant qu’ils ne découvrent pourquoi tout cela s’était produit, comment ils avaient pu y demeurer aveugles pendant si longtemps.

Comment elle avait pu à ce point échouer à ses devoirs de sœur et d’aînée, comment elle avait pu faillir à la mission que Rowan lui avait confiée sans jamais avoir besoin de prononcer le moindre mot.

Car c’était assurément quelque chose qu’elle aurait dû déceler, quelque chose qui n’aurai pas dû se faire dans le silence et dans le secret des alcôves de Poudlard alors qu’elle en arpentait les couloirs au même instant – brièvement, elle se remémora cette rencontre au sommet de la Tour d’Astronomie, alors qu’elle contemplait l’orage qui déchirait le ciel et qui s’abattait sur Poudlard ; elle avait été naïve de croire que la tempête était encore à venir.

« Bien sûr que nous t’épaulerons, Hope » souffla-t-elle en contemplant la fenêtre, battant des paupières à chaque fois qu’un jet de lumière trouait la semi-pénombre qui avait étiré son voile. « Il n’y a aucun doute à avoir là-dessus. »

Le destin ne devait être effleuré, car il était incandescent, menaçant d’allumer des brasiers et de consumer intégralement tous ceux qui étaient assez déraisonnables pour voir le dompter, pour le plier à leur volonté, pour s’en servir comme d’une armure ; Daphne était assurément de ceux-là.

« En revanche » murmura-t-elle, apaisée, reprenant peu à peu le contrôle sur cette magie qui semblait ne désirait que s’enfuir et causer des dégâts irréparables, « avant que nous ne fassions quoi que ce soit, il va falloir que tu me jures de ne plus me cacher quelque chose d’aussi important. »

Et son ton ne tolérait aucune réplique, aucune protestation ; il était dénué de toute émotion, ne laissait apparaître les tourments qui avaient pu l’habiter quelques instants auparavant, car il s’agissait finalement du moment le plus important, celui qui façonnerait la suite et à partir duquel tout allait diverger, dans un sens ou dans l’autre.

Daphne n’avait plus peur du feu, depuis longtemps. Il aurait été étrange de craindre quelque chose qui avait toujours nimbé sa sœur cadette, sa sœur de sang.

Pourtant, elle n'était pas certaine de ce qui se produirait après ce serment.

Qu'Hope le prête ou non.

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