When the darkness comes.

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MessageSujet: When the darkness comes.   Lun 31 Oct 2016 - 11:08



Le vendredi 31 octobre 1997

Alors que les élèves de Poudlard qui n'ont pas été touché par la Dragoncelle dégustent le festin d'Halloween, Astoria se trouve au sommet de la tour d'Astronomie.




UElle l'aurait ; elle en était persuadée. Cet infâme Anonyme ne lui échapperait pas, et s'il fallait qu'elle passe la nuit dans sa cachette, elle le ferait sans hésiter, ne serait-ce que pour avoir la satisfaction de démasquer ce sombre crétin... Il pourrait se cacher tant qu'il le voudrait derrière sa mystérieuse couverture, ce ne serait pas cela qui l'arrêterait, elle, Astoria Greengrass. Elle voulait connaître la vérité et elle ferait absolument tout pour. Alors, cela faisait sans doute près d'une heure qu'elle attendait au sommet de la tour d'Astronomie. Vingt deux heures venait de sonner, et elle ne le raterait pas. Que croyait-il ? Qu'il pourrait aisément jouer avec elle sans qu'elle ne tente de répliquer ? Grossière erreur ! Pour quelqu'un qui supposait bien la connaître, il se fourvoyait atrocement.

Car il était bien question de la cadette Greengrass et celle-ci n'était absolument pas connue pour son calme et sa sagesse ; au contraire, elle se laissait dicter par ses émotions, et son caractère tout aussi tempétueux que belliqueux - aussi avait-elle mis en place un plan infaillible, quelque chose qui ne raterait pas. Car elle n'était pas seulement cachée dans un recoin au sommet de cette tour... non en vérité, elle était dissimulée sous quelque chose qui serait impossible à distinguer ; sa cape d'invisibilité couvrait tout son corps, alors qu'elle était recroquevillée sur elle-même et qu'elle tenait fermement sa lettre de réponse - et de rupture ? - qu'elle destinait à Anonyme.

Mais nous étions le 31 octobre, et il commençait à faire froid ; et elle tremblait à présent qu'une brise glacée refroidissait l'atmosphère. Un instant elle failli s'assoupir mais elle se reprit bien vite, de peur de manquer le principal intéressé. Seulement il ne vint pas. Et elle n'eut en vérité aucune autre visite que cet oiseau, cette chouette blanche et tachetée de gris et de noir, qui sautillait autours d'elle. Sans doute pouvait-elle sentir sa présence, mais la cape d'invisibilité qu'elle portait sur elle la cachait de tout « ... même de la mort elle-même », disait-on. Elle retira alors un instant cette cape pour mieux observer l'oiseau et juste au moment où elle réapparu, l'oiseau se précipita vers elle.

« Hey, mais calme-toi, toi ! Tu veux quoi ? ». Le bel oiseau s'agitait encore, et dès qu'il vit la lettre qu'elle serrait fort entre ses mains, il vola à sa hauteur et tenta de l'attraper. « Ah. C'est donc ma lettre, que tu es venu chercher ? ». Et elle soupira. L'oiseau se posta face à elle, sur l'un des remparts et il attendit patiemment, majestueux. A présent il s'était calmé et semblait même tout à fait docile. Déçue de ce que la présence de ce volatil révélait - l'absence évidente d'Anonyme - elle s'approcha de lui et caressa son plumage. « Il n'allait pas venir en personne, n'est-ce pas ? Il n'avait jamais prévu de venir. Evidemment ». Elle se trouvait même un peu bête, pour tout dire, d'avoir espéré prendre cette personne à son propre piège. « Tiens, porte-lui sa lettre », murmura-t-elle en donnant la missive à l'oiseau. Il la prit dans son bec et s'envola dans la nuit, alors que la lune presque pleine éclairait les environs jusqu'au parc.

De là où elle était, elle voyait tout jusqu'à la forêt interdite, et à cet instant, tandis que le brouillard automnal s'épaississait un peu plus encore autours du château de Poudlard, les maux de tête qu'elle avait ressenti déjà depuis quelques jours se manifestèrent encore. Elle fronça les yeux l'espace d'un instant, tandis que des formes obscures et mal délimitées apparaissaient, obstruant sa vision. Ou du moins était-ce ce qu'elle croyait car elle voyait toujours aussi bien. Seulement apparaissaient des choses sous ses yeux qu'elle n'aurait jamais imaginé voir. Elle ne comprenait pas, elle ne reconnaissait pas ce qu'elle voyait, tandis que sa vision allait et venait, se déformant au fil des secondes. Elle avait mal, aussi, tellement mal au crâne. Elle tentait désespérément d'attendre quelques secondes, afin de voir si sa vision revenait à la normale et si ces douleurs passeraient mais il n'en était rien, et tandis qu'elle fermait les yeux, s'appuyant à la muraille d'où l'oiseau avait pris son envol, elle se recroquevilla sur elle-même, tandis que des flashes semblaient fuser dans sa mémoire ; aussi vite que des sortilèges.



Des couleurs, des formes, des souvenirs ; et puis plus rien. Exactement comme lorsque l'on tente de se souvenir d'un rêve qui nous échappe de plus en plus à mesure que l'on essaye de s'en souvenir. Elle s'était souvenu de quelque chose, quelque chose qui s'était produit bien des mois en arrière, et puis elle avait tout oublié. Comme un élastique qui aurait claqué au coeur de sa mémoire, emprisonnant des souvenirs. Soudain elle n'eut absolument plus mal ; les douleurs étaient passées. Enfin. Elle se redressa alors, toujours appuyée contre la muraille de pierre. Ses mains refermées en de petits poings, elle les frotta contre ses yeux, afin d'y voir plus clair, puis elle battit les paupières, jusqu'à retrouver la vue. C'est alors qu'elle vit quelque chose voler dans le ciel ; un animal ailé et étrange à la noirceur semblable à celle de la nuit. Il déployait ses grandes ailes, fendant la brume tout en se laissant porter par le vent. Seuls les rares rayons de lumière offerts par la lune permettaient d'en observer sa morphologie squelettiques et ses contours anguleux. Astoria dû froncer les sourcils et se concentrer afin d'être certaine de ce qu'il lui était donné de voir. Et un seul mot répondait à cela.


« Sombral »


Un murmure ; un frisson. Jamais elle n'en avait vu jusqu'à ce jour, tout simplement car elle n'avait jamais eu le malheur de voir la mort en face. Mais alors... - Alors ! - comment pouvait-elle observer ces créatures étranges, sinistres, alors qu'elles volaient vers l'horizon brumeux ? L'effroi. Les choses qui effrayaient Astoria étaient bien rares, sans nul doute ; aussi, la réaction qui était la sienne se rapprochait presque de l'épouvante, tant il lui était difficile - impossible ! - de trouver une explication rationnelle. Elle observait des êtres qui n'étaient donnés à voir qu'à de rares élus ; à ceux qui avaient observé la mort mais aussi et surtout qui en avaient accepté le deuil ; à ceux chez qui la mort avait frappé, sournoise, et qui, à terme, en avaient accepté les stigmates.

Mais pourtant ce n'était pas son cas. Jamais. Jamais. Jamais. Quelle folie la touchait ? S'était-elle donc impliquée dans bien trop de choses depuis quelques temps pour que son esprit déraille et prenne une voie détournée ? S'enlisait-elle réellement dans quelque chose qu'elle ne comprenait pas ? Quelque chose de bien plus gros qu'elle ? Folie ! Tout ceci relevait du délire, et sans doute était-ce là la preuve d'un déséquilibre de son esprit. Astoria n'était absolument pas quelqu'un de rationnel ; bien au contraire elle ne suivait que rarement la logique. Mais force était de constater que la situation actuelle lui échappait. Et cela la paniquait complètement, elle qui parvenait toujours à retomber sur ses pieds, qu'importe les extravagances dans lesquelles elle s'embourbait. Mais il n'était pas là question d'une bêtise supplémentaire ou d'une ridicule dispute d'étudiants ; cela touchait aux méandres de son esprit, à ses souvenirs et aux mécanismes étranges de son psychisme qui, pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, semblaient ne plus fonctionner. Et c'était amplement suffisant pour qu'elle angoisse.



Et elle quitta les lieux sans plus attendre, dévalant ces marches interminables aussi vite qu'il lui était possible de le faire, tandis qu'une seule et unique pensée l'animait à présent : rejoindre les cachots, et arriver devant l'entrée de la Salle Commune de Serpentard. Daphne. Il n'y aurait qu'elle qui parviendrait à la calmer. Comme une furie elle avait descendu les sept étages qui la séparaient du Hall d'entrée, éclairant ses pas d'un Lumos mal assuré, bancal, hésitant, qui crépitait plus qu'il n'étalait son aura de lumière. Et enfin elle entama sa décente jusqu'aux cachots. Bientôt le mur d'accès à la Salle Commune de Serpentard lui apparut et aussi fort qu'elle le put elle cogna de ses poings contre la pierre, mais rien ne se produisit.

Absolument rien. Elle n'avait pas le mot de passe. Alors rien ne pouvait se produire. Elle reparti alors, courant dans les escaliers une fois de plus, remontant les étages à toutes vitesse, jusqu'à arriver à son dortoir. La Salle Commune de Gryffondor était vide, les dortoirs aussi. Nombreux étaient ceux qui étaient touchés par l'épidémie de Dragoncelle qui faisait rage, non seulement à Poudlard mais dans tout le pays. Fouillant dans sa malle, elle attrapa une feuille de parchemin à moitié déchiré ainsi qu'une plume et, tremblante, erratique, elle tenta de coucher sur le papier quelques mots pour contacter sa soeur.



« Daphne...

Daphne. Je t'ai pas trouvée... Par pitié j'ai besoin de te parler. Maintenant. C'est urgent. Je sais pas à qui en parler et je ne sais pas quoi faire. J'ai des soucis, de gros soucis... Je t'en supplie : aide-moi. Je crois que j'ai un énorme problème... Je dois être entrain de devenir folle, littéralement.

Des Sombrals. J'ai vu des Sombrals, Daphne.

Ce n'est pas normal. »



Sans même s'asseoir, elle avait jeté ces quelques mots comme pour s'en débarrasser, en attestaient les tâches d'encre et la calligraphie si peu soignée. Confus et emmêlé, son discours était désordonné, et cela rendait ses mots d'autant plus vifs. Elle signa sa lettre d'un simple « A » - Daphne comprendrait. Et aussi vite qu'elle était retournée dans ses appartements, elle quitta les quartiers des Rouge&Or pour courir jusqu'à la Volière. Là, elle choisi une chouette libre au hasard, n'importe laquelle, et lui confia la lettre qu'elle destinait à sa soeur. « C'est urgent », murmura-t-elle à l'oiseau. Oh, elle se doutait bien qu'elle ne pourrait sans doute pas la recevoir ce soir-là, sauf si, par le plus grand des hasard, elle décidait de quitter sa chambre et de se promener dans les couloirs. Et encore, elle n'était pas certaine que l'oiseau puisse lui délivrer la missive avant le lendemain matin. Mais qu'importe, elle l'aurait aux premières lueurs du jour.

L'angoisse et la peur semblaient avoir raison d'elle. Alors elle regagna son dortoir péniblement, en prenant grand soin de ne plus observer l'horizon ni les sombres créatures qu'elle voyait encore. Elle n'avait plus rien à faire, à présent ; seulement attendre. Elle s'installa sur son lit sans même se donner la peine de se changer. Et la nuit serait longue.










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MessageSujet: Re: When the darkness comes.   Lun 31 Oct 2016 - 12:54





Daphne n’était pas quelqu’un qui croyait aux présages.

Ce n’était pas qu’elle ne pensait pas que le destin existait, bien entendu – elle était bien placée pour savoir qu’il tissait sa toile autour d’eux jusqu’à les forcer à ne suivre que la voie qui leur était destinée, qui avait été bâtie pour eux, pavée à leur intention et gravée de leur nom. Elle était également persuadée que les noms avaient des pouvoirs, et que ce n’était pas pour rien que le Seigneur des Ténèbres s’en était forgé un, ou même que les Sang Pur choisissaient des noms avec grand soin, prêtant attention à leurs connotations et aux significations cachées qu’ils pouvaient avoir. Enfin, elle savait, plus que quiconque, la valeur des dettes de vies ; de ces fils qui se créaient, d’or et d’argent, d’acier et de plomb, et qu’il était impossible de briser, et qu’elle ne laisserait personne l’en délester.

Elevée dans les croyances que, en Magie, rien n’était fait au hasard, Daphne ne croyait pourtant pas aux présages ; mais elle croyait en la vieille magie. C’était précisément ce qui l’avait toujours intéressée dans les sortilèges et les enchantements. Cette magie, ancienne et pratiquement oubliée, qui reposait autant sur les intentions que sur les pouvoirs du sorcier ; sur les émotions qu’il insufflait à son sortilège qu’au mouvement qu’il faisait avec sa baguette, qu’aux paroles qu’il prononçait pour diriger sa magie.

Alors, lorsqu’elle s’éveilla brutalement à cinq heures vingt-sept du matin avec la sensation que quelque chose n’allait pas, Daphne ne se rendormit pas.

Elle se redressa, aussi éveillée que si elle l’avait été depuis des heures, incapable de se souvenir du rêve qu’elle était en train de faire, un affreux pressentiment coulant dans ses veines et embrumant son esprit. C’était quelque chose qu’elle avait appris à écouter, car c’était exactement la même sensation qu’elle ressentait lorsqu’elle parlait avec quelqu’un envers qui elle considérait avec une Dette de Vie – ce sentiment, lointain, qui pouvait même ne pas être remarqué lorsqu’on n’y prêtait pas attention, lorsqu’on ne savait pas quoi chercher, que la vieille magie était à l’œuvre. Et qu’elle ne devait pas être ignorée.

Sous aucun prétexte.

Il n’y avait que trois personnes pour lesquelles cette magie pouvait se mettre en œuvre, à Poudlard. L’une d’entre elle était malade, placée en quarantaine, surveillée par des Médicomages. Les deux autres se trouvaient huit étages plus haut.

Sans même prendre garde à ne pas éveiller ses camarades de dortoir, elle enfila immédiatement son uniforme de Serpentard, négligeant de nouer sa cravate ou même de s’assurer que ses collants étaient bien placés ; elle jeta la cape que Rowan lui avait offerte sur ses épaules, et, à cinq heures trente-cinq, Daphne avait franchi le seuil de la Salle Commune des Serpentard.

Un hibou se trouvait là.

Un hibou attendait, patiemment, perché sur une des gargouilles de pierre qui se trouvaient dans les cachots ; et, lorsqu’elle tendit sa main, frémissante et incertaine, il lui tendit la patte en réponse, lâchant la lettre qu’il tenait entre ses serres entre ses doigts.

Ses doigts tremblaient tant qu’elle peina à ouvrir la lettre, s’acharna sur le papier et manqua de déchirer la missive. Et, lorsqu’elle parvint enfin à la lire, les mots qu’elle lurent l’empêchèrent de bouger pendant une longue minute, alors qu’elle tentait désespérément d’y apposer un autre sens que celui que son instinct était en train de lui hurler – quelque chose de rassurant, quelque chose qui ne lui donnait pas envie de se mettre à pleurer. Mais c’était vain, et elle n’avait pas besoin des palpitations de reproche de sa baguette, qu’elle tenait fermement dans sa main droite – qu’elle tenait toujours fermement depuis la Bataille – pour s’en rendre compte. Alors elle cessa de tenter de se jeter de la poudre aux yeux, de s’enfermer dans une illusion réconfortante pour ne pas avoir à affronter cette vérité qu’elle tentait de distancer depuis des mois maintenant, en bâtissant des subterfuges et des mirages, en tissant des couches et des couches de mensonges les unes par-dessus les autres pour dissimuler les faits.

Astoria était en train de se souvenir.

Et elle ne devait pas se rappeler. Jamais.

Elle se mit à marcher vers les escaliers, lentement d’abord, tentant de maitriser la panique qui naissant en elle et qui l’étouffait progressivement ; qui la privait de tout air, saturant ses poumons de quelque chose qui n’était pas de l’oxyègne – et elle se représenta encore ces fleurs qui s’épanouissaient dans ses alvéoles, chassant l’air et menaçant de détruire sa cage thoracique ; et elle pouvait sentir ses os craquer sous le poids de son cœur, gonflé par l’anxiété qui s’éveillait et par l’angoisse de ce qu’elle allait découvrir –  et qui faisait bouillir sa magie en elle, celle dont elle avait perdu le contrôle des mois auparavant et qu’elle peinait à maîtriser de nouveau.

Puis elle se mit à courir.

Depuis sa troisième année, tout le monde savait où se trouvaient l’entrée de la salle commune des Gryffondor, et, surtout, tout le monde connaissait l’identité du portrait qui en protégeait l’entrée. Lorsqu’elle parvint enfin au septième étage – et il était déjà six heures et sept minutes – Daphne savait exactement quoi chercher ; et ses yeux se posaient sur tous les tableaux qui ornaient le couloir, alors qu’elle brandissait sa baguette de prunellier éclairée par un Lumos et ignorait les protestations des personnages qui vivaient dans les œuvres et qu’elle venait d’éveiller.

Et la robe rose, enfin, attira son regard.

***

Daphne prit le temps de reprendre sa respiration, de calmer les bouffées paniquées d’air qu’elle inspirait depuis une demi-heure déjà, tentant de regagner son sang-froid, d’apaiser sa terreur ; enfin, après quelques minutes pendant lesquelles la Dame en rose avait gardé ses yeux fixés sur elle, lorsqu’il lui sembla avoir regagné assez de prestance et de calme pour formuler sa requête de la meilleure façon possible, elle parla.

« Bonjour » salua-t-elle en s’inclinant, la voix lissée et l’expression figée. « Serait-il possible de me laisser entrer, s’il vous plaît ? »
- Et pourquoi ferais-je ça, jeune fille ? »

Fermant brièvement les yeux, tentant de ne pas briser à nouveau le masque de sérénité qu’elle s’était péniblement construit pour ne pas céder à la panique qui l’habitait, Daphne mit plusieurs secondes à répondre.

« J’ai vraiment besoin de voir ma petite sœur. Astoria. En cinquième année. »

Le tableau sembla réagir à la mention d’Astoria, et Daphne fut presque certaine de lire de l’hésitation dans son regard.

« Je suis désolée. Pas sans mot de passe. »


Daphne comprit à ce moment que toute négociation était vaine, qu’elle ne la laisserait pas entrer sans le très probablement niais et stupide mot de passe que les Gryffondor avaient choisi pour protéger leur salle commune – dont, honnêtement, elle se moquait éperdument.

« Je dois voir ma sœur » insista-t-elle tout de même. Et son masque se brisait. Elle pouvait le sentir. « Maintenant. Elle a besoin de moi. »

Mais le tableau hocha la tête, et se désintéressa d’elle.

Incapable de répondre quoi que ce soit, Daphne se laissa glisser au sol, consciente que menacer un stupide tableau n’aurait absolument aucun effet – d’autant plus qu’elle avait bien meilleur goût que ce rustre de Sirius Black et qu’elle ne comptait pas lacérer une œuvre d’art, aussi obtuse et insupportable puisse-t-elle être.

Et elle attendit.

Un élève de cette stupide maison finirait bien par sortir.

***

Le tableau ne bougea pas avant six heures quarante-cinq. Cela faisait déjà quarante minutes qu’elle attendait, la tête entre les mains, tentant de ne pas se laisser submerger de nouveau par la panique qui couvait et qu’elle tentait d’anesthésier, de faire disparaître au plus profond d’elle-même (cela faisait deux heures qu’elle évitait soigneusement de penser à Cyril, à la moindre chose qui pourrait lui remémorer son ami, et c’était devenu particulièrement ardu d’éviter ce sujet précis alors qu’elle se trouvait assise en tailleur, à même le sol, devant son ancienne salle commune). Mais lorsqu’elle entendit enfin un bruit, elle se redressa brusquement.

Le tableau pivotait pour laisser sortir quelqu’un.

Sans plus attendre, elle se faufila dans l’ouverture, ignorant les protestations de la fille qui venait de sortir – sans doute en première ou deuxième année, à en juger par sa taille minuscule – et du tableau qui avait tenté de se refermer lorsqu’elle avait compris les intentions de Daphne.

Une fois arrivée dans la salle commune, elle se sentit presque agressée par les couleurs beaucoup trop vives de la pièce, et tenta de trouver les dortoirs des filles tout en ignorant superbement les regards – au mieux, intrigués, au pire, hostiles – qui pesaient sur son uniforme de Serpentard. Puis, enfin, elle repéra deux filles qui descendaient d’un escalier, visiblement prête pour aller déjeuner, et décider de tenter sa chance de ce côté-ci.

Elle ne mit pas longtemps à trouver le dortoir des cinquième année.

***

« Astoria. »

Et il lui semblait avoir cessé de respirer pendant des heures, des jours peut-être, lorsqu’elle prononça enfin le prénom de sa sœur, et qu’elle put enfin apposer ses mains sur ses épaules, puis la serrer dans ses bras, lui murmurer que tout allait bien se passer, que rien ne pouvait leur arriver. Que rien ne leur arriverait jamais. C’était un mensonge, bien sûr. Quelque chose allait arriver.

Mais rien n’arriverait à Astoria.


AVENGEDINCHAINS
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